Alphabets arabes
ABJaD occidental et oriental, Hijja et alphabet fréquentiel
❇️ L’ABJaD
Le terme « ABJaD » est formé à partir du nom de ses quatre premières lettres — A, B, J et D : Alif, Ba, Jim et Del. Cet alphabet arabe s’inscrit dans la famille des écritures sémitiques, aux côtés notamment de l’araméen, du phénicien, de l’hébreu et du syriaque. Il comprend 28 lettres, tandis que les alphabets de ces autres langues n’en comptent que 22.
L’ordre ABJaD s’énonce à travers huit mots arabes. Le premier, « Ab-Jad », est ici interprété comme « grand-père ». Ces mots sont composés de syllabes qui facilitent la mémorisation et la prononciation de chaque lettre.
Il existe deux variantes de l’alphabet ABJaD :
- la variante orientale, utilisée au Moyen-Orient et appelée ABJAD AČ-ČARQI, qui aurait vu le jour la première ;
- la variante occidentale, appelée ABJAD AL-ĞARIBI, qui se serait développée dans les territoires musulmans de l’Ouest, sur des terres autrefois intégrées à l’Empire romain, pendant la période florissante de l’islam.
Selon l’hypothèse présentée ici, cette seconde variante serait apparue lorsque l’empire musulman s’est divisé autour de deux grands centres intellectuels, Cordoue et Bagdad, à la fois concurrents et opposés sur certains enjeux idéologiques et géopolitiques.
Il est important de souligner que six lettres occupent une position différente dans les deux variantes de l’ABJaD :
- « Šad - Ďad - Sin - Ža - Ğayin - Čin » (ش - غ - ظ - س - ض - ص). Trois des huit mots diffèrent donc légèrement. Dans les supports d’apprentissage oral proposés plus bas, ces mots apparaissent en italique et en vert, bleu ou rouge, tandis que les six lettres concernées sont soulignées.
Trois lettres sont considérées comme des semi-voyelles :
- Alif - Waw et Ya (ا - و et ي). Malgré le caractère consonantique de l’alphabet — terme employé en Occident pour parler de l’ABJaD —, elles marquent ou allongent les voyelles A/È, OU et I.
Ces 28 lettres peuvent évoquer les 28 jours de la révolution cyclique de la Lune 🌗 autour de la Terre, les 28 phalanges et le numéro atomique du nickel (Ni) dans le tableau périodique des éléments chimiques.
Quatorze d’entre elles — soit la moitié — apparaissent selon différentes combinaisons au début de 29 sourates du Coran. Elles sont appelées « lettres séparées » ou « lettres isolées » — Ĥourouf MouqataĔa. Le nombre 29 correspond au numéro atomique du cuivre (Cu), tandis que le nombre 14 correspond à celui du silicium (Si). Quatorze est aussi la position de la lettre Noun / ن, que je rapproche du mot anglais « noon », qui signifie « midi » ou « médian ».
Un point souvent méconnu, notamment parmi les musulmans arabophones de France, concerne le genre grammatical du Soleil ☀ et de la Lune 🌗. En arabe, comme en allemand, le Soleil est féminin et la Lune masculine : AČ-Čams ☀ et AL-Qamar 🌗 en arabe, « die Sonne » ☀ et « der Mond » 🌗 en allemand. Lorsque la lettre LAM (ل) de l’article arabe AL (ال) précède une lettre solaire, elle ne se prononce pas : la première consonne du mot est alors doublée. Dans l’interprétation symbolique proposée ici, ce fonctionnement est associé au principe féminin ⚢. C’est le cas d’An-Nissa, avec la lettre Noun / ن, qui signifie « les femmes » et, par extension dans cette lecture, « les oubliées ». À l’inverse, lorsque la lettre LAM (ل) est prononcée devant une lettre lunaire, je l’associe au principe masculin ⚣. C’est le cas d’Al-Insan, qui signifie « l’homme », ou plus précisément « l’être humain ». C’est ce que les écoles arabes appellent les « lettres solaires » ☀ et les « lettres lunaires » 🌗. Chacun de ces deux groupes comprend la moitié de l’alphabet, soit quatorze lettres.
(Voir l’image 10.)
Selon les traditions, le Soleil ☀ et la Lune 🌗 peuvent recevoir une dimension féminine pour l’un et masculine pour l’autre, ou inversement. Cette question est développée dans la partie 3.2 consacrée aux signes astrologiques du Cancer ♋ et du Lion ♌, sur la page Alchimie & astronomie.
La composition et l’ordre des lettres peuvent aussi être rapprochés des 22 lettres hébraïques. Nous appellerons ici cet ordre « ABGaD », car « Guimel » s’apparente à la lettre arabe « Jim(el) ».
Dans la lecture proposée ici, les six lettres supplémentaires de l’alphabet arabe peuvent être rapprochées de lettres qui se sont confondues dans l’alphabet hébreu. Même lorsqu’elles ne présentent pas toujours une résonance phonétique avec l’arabe, certaines lettres peuvent ainsi partager les mêmes valeurs en gématrie, selon leur position dans l’alphabet.
Prenons l’exemple des mots NaĶĤaČ - נחש en ABGaD hébreu et ĤaNaČ - حنش en ABJaD oriental. Tous deux signifient « serpent 🐍 » et sont également des anagrammes l’un de l’autre. Ils ont en commun les lettres Čin - ש en hébreu et Čin - ش en arabe, toutes deux égales à 300 ; les lettres Noun - נ et Noun - ن, égales à 50 ; ainsi que ĶĤet - ח et Ĥa - ح, égales à 8. Leur somme atteint donc 358 dans les deux systèmes. Ils possèdent ainsi la même valeur numérique en gématrie — une notion présentée plus bas —, ce qui illustre ici la magie des langues. Voir l’image 6 pour davantage de détails.
Une autre correspondance peut être établie avec l’ordre des lettres latines, et plus particulièrement avec l’alphabet 🔠 de 26 lettres utilisé en français et en anglais. Nous le nommerons ici « ABÇaD », en raison de la présence du C à la place de la lettre Jim(el) - ج. Dans cette lecture comparative, quinze lettres de l’ABJaD occidental se retrouvent dans cet alphabet : certaines ont conservé leur place, d’autres ont été déplacées et d’autres encore ont fusionné pour n’en former qu’une.
Ce rapprochement tient notamment à la phonétique arabe : quatre ou cinq lettres peuvent présenter des sonorités très proches, tout en conservant des calligraphies et des prononciations distinctes. C’est par exemple le cas de « Šad / Sin - Zey / Ža - Del / Ďad - Ta / Ťâ ».
L’ordre KLMN a conservé sa position, tandis que QRST a été déplacé de deux rangs vers l’aval.
(Rendez-vous au bas de cette page pour l’apprentissage.)
❇️ Le Hijja
Le « Hijja » organise les lettres selon un ordre différent. Dans l’interprétation proposée ici, il serait apparu plus tard que l’ABJaD. Comme nous l’avons vu, « Ab-Jad » est compris comme « grand-père », tandis que l’ordre Hijja commence par Alif - Ba, formant le terme « Ab », qui signifie « père » en arabe. Le Hijja serait ainsi le « fils » de l’ABJaD.
Cette lecture rattache son développement au recul de l’ABJaD après le déclin des deux empires arabo-musulmans, au début de la Renaissance, puis à la domination ottomane de ces territoires pendant trois à quatre siècles.
À cette époque, l’impression et l’édition publique de livres auraient fait l’objet d’interdictions. Les nombreux conflits géopolitiques avec l’Europe auraient également limité le temps, les moyens et la liberté nécessaires au développement de ces activités.
Selon cette hypothèse, le Hijja se serait imposé au début du XXe siècle, après la Première Guerre mondiale, lorsque l’Empire ottoman fut réduit à la Turquie actuelle et que la péninsule Arabique retrouva sa souveraineté avant d’être organisée, avec l’aide des Alliés, en plusieurs États pour la plupart monarchiques. L’Égypte aurait joué un rôle moteur dans la diffusion du Hijja, comme dans celle de l’édition imprimée du Coran publiée en 1924 et désignée ici par le terme « MouŠĤaf ».
Ce classement des lettres n’est toutefois pas banal. Il suit une autre logique : de Ba / ب à Qaf / ق, les lettres dont la calligraphie se ressemble sont regroupées les unes à la suite des autres. Elles se distinguent alors par leurs points diacritiques et, par conséquent, par leur prononciation.
Seul l’ordre des lettres KLMN est resté intact. Comme QRST dans la comparaison précédente entre l’ABJaD et l’ABÇaD, ce groupe a toutefois été déplacé vers l’aval, cette fois de douze rangs.
(Rendez-vous au bas de cette page pour l’apprentissage.)
❇️ L’alphabet fréquentiel
L’alphabet « fréquentiel », que l’on peut appeler « Ĥourouf At-Takrâr », classe les lettres de la plus utilisée à la moins utilisée dans le vocabulaire du Coran. Il commence par « Alif / ا - Lam / ل - Noun / ن », qui figurent parmi les lettres les plus fréquentes, et se termine par « Ťa / ط - Ğa / غ - Ža / ظ », les moins courantes dans le langage coranique.
Cet ordre diffère des autres organisations alphabétiques, à deux particularités près :
Quatre lettres de l’ABJaD oriental — « Alif / ا - Kaf / ك - Sin / س et Čin / ش » — occupent les mêmes positions,
et trois lettres de l’ABJaD occidental — « Alif / ا - Kaf / ك et Ğayin / غ » — conservent également leur place.
Cet alphabet reste marginal et n’est pas utilisé dans l’apprentissage courant de la langue arabe.
Bien qu’il ne soit pas officiel, je le trouve pertinent pour la pratique de la gématrie : j’observe dans ses résultats certaines subtilités liées à l’alchimie coranique.
(Rendez-vous au bas de cette page pour l’apprentissage, ainsi que pour une vidéo bonus consacrée au sens unilitère de chaque lettre.)
❇️ La gématrie
L’ABJaD peut être associé à un système numérologique appelé « gématrie », ou « Ĥourouf Al Joumel » — حروف ال جمال en arabe. Selon l’ordre retenu, chaque lettre reçoit une valeur allant de 1 à 10, de 20 à 90, de 100 à 900, puis 1 000 pour la dernière. Il devient alors possible de calculer la valeur de mots et, par extension, de phrases. Cette méthode, dite « standard », peut aussi être utilisée en sens inverse : Alif vaut alors 1 000 et la dernière lettre vaut 1.
Il existe une autre méthode, dite « ordinaire », dans laquelle les lettres reçoivent une valeur de 1 à 28. En sens inverse, leurs valeurs vont de 28 à 1, comme dans la méthode standard.
Dans la lecture proposée ici, la gématrie — ou Ĥourouf Al Joumel — serait née avec l’ABJaD. Les savants arabes, comme ceux d’autres traditions avant eux, auraient perçu la proximité entre les lettres et le comptage en attribuant une valeur à chacune d’elles. Cette méthode permettrait de mettre en évidence la structure du Coran tel que nous le connaissons aujourd’hui, appelé « codex de ’Othman » ou « MousĤaf ». Selon cette approche, des principes comparables se retrouveraient dans la Torah — l’Ancien Testament — avec les lettres hébraïques, ainsi que dans les Évangiles avec l’alphabet grec.
Pour celles et ceux qui n’aiment ni les chiffres ni les mathématiques, rassurez-vous : nous sommes loin des racines carrées, des fractions et des équations qui font chauffer le cerveau 🧠. L’approche reste simple et vise à vous faire découvrir, qui sait, quelques mystères de la création à travers les nombres liés à la révélation du Coran.
La curiosité conduit à l’expérience, et celle-ci mène à la déduction.
Merci pour votre attention. Je vous souhaite à toutes et à tous un bon apprentissage et de « bons décodages ».
(Rendez-vous sur les quatre pages consacrées aux gématries.)
Apprentissage des lettres arabes avec les trois alphabets
Les deux variantes de l’ABJaD, le Hijja et le TAKRÂR
ABJaD occidental, lettre par lettre
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ABJaD - HaWaZ - ĤouŤiYa - KaLiMouN* - ŠaĔFaĎ - QaRouSeT - ŢaĶiĐou - ŽaĞaČi
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ABJaD oriental, lettre par lettre
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ABJaD - HaWaZ - ĤouŤiYa - KaLiMouN* - SaĔFaŠ - QaRouČeT - ŢaĶiĐou - ĎaŽiĞou
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Hijja, lettre par lettre
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Alphabet fréquentiel, lettre par lettre
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Traductions approximatives des huit mots de l’ABJaD occidental
Traductions approximatives des huit mots de l’ABJaD oriental
Les sens unilitères des 28 lettres arabes, de « Alif / ا » à « Ža / ظ », dans l’ordre fréquentiel
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